RESUME : Court métrage expérimental d’introduction à un film de science fiction, burlesque, prétexte à une satire de la société des humains, le tout enveloppé dans une histoire rocambolesque avec des extra-terrestres, des zombies, un savant fou et d’autres personnages tout aussi extravagants.
Destiné aux 15-25 ans. La production de ce film est associative.
REFLEXIONS : Nous vivons une époque où devant les facteurs déstabilisants, comme les conséquences de la mondialisation, les inquiétudes des individus formant notre société s’accentuent. Les systèmes contrôlant les médias réagissent en général à ce phénomène. Ils essaient, par divers procédés destinés à apaiser la crainte, de réguler les réactions qui pourraient globalement aggraver les sentiments d’insécurité de l’ensemble de la population, entraînant révoltes et désordres incontrôlables. Un de ces procédés est la multiplication des films et séries de genre.
Raphaël Moine dans son ouvrage « Le cinéma de genre » décrit le genre comme postulant un spectateur passif, acceptant les prescriptions idéologiques. Le genre imposerait une lecture univoque et universelle, à laquelle il contraindrait ses spectateurs, considérés comme un tout homogène. Véritable opium du peuple, il anesthésierait, quasiment par nature, toute lecture buissonnière, critique, divergente, toute possibilité de réception multiple.
Il continue en soulignant que le spectacle régulier des films de genre servirait les intérêts des classes dominantes, dont l’industrie cinématographique est un représentant et un agent, en endormant le public, en l’amenant à partager ses propres positions idéologiques. Le genre garantirait ainsi un statu quo social et politique en réaffirmant des valeurs sociales normatives.
Judith H.Whright dans son ouvrage « Genre Films and the Status quo » complète cette thèse dans ces termes : « Les films de genre voient le jour et ont un succès commercial parce qu’ils soulagent temporairement les peurs provoquées par la prise de conscience de conflits sociaux ou politiques ; ils aident à décourager toute tentative d’action que susciterait sinon le fait de vivre sous la pression de ces conflits. »
LE FILM : « L’attaque des zombies » réunit tous les ingrédients du film de genre ; La science fiction, le film d’horreur, l’érotique, et l’héroïque avec une touche d’humour. En cela il appelle un engouement du public friand du genre.
Mais au lieu de véhiculer les valeurs de la stratégie dominante du genre, il les retourne pour emmener en dérision ses clichés, et renverser les rôles habituellement affectés à cela.
Les Extraterrestres fauteurs de trouble, ne sont en fin de compte qu’un couple de jeunes mariés, victimes des conventions de leur planète : ils doivent absolument procréer pendant leur lune de miel sous peine de déshonneur et d’humiliation. C’est en extrême limite qu’ils décident d’appliquer un plan destiné à résoudre leur problème de stérilité. En cela ils décident d’utiliser ce que les humains enterrent et jettent aux vers (leurs morts), et la fringale des mâles à vouloir avoir des relations sexuelles à la va vite, n’importe comment (le sexe pour le sexe).
Le jeune premier Alain qui roule des mécaniques n’est en fait qu’un garnement pleutre, sans éducation, et mal dans sa peau. Il ne cherche qu’à s’enfuir.
Le savant censé résoudre le mystère et trouver une solution est un bouffon.
L’assistant mal dégrossi, seul personnage du film qui essaye de contrecarrer l’attaque des zombies avec sa hache n’est en fait qu’un barbare lubrique.
Par contre la « Bimbo » habituelle de ce genre de film, qui logiquement ne doit que hurler et s’évanouir dans des poses suggestives, se révèle être la vraie héroïne du film. C’est elle qu’interroge le journaliste à la fin, et si tout a pu rentrer dans l’ordre, on devine que c’est grâce à son intervention. De plus, bizarrement c’est le seul personnage de couleur de l’histoire...
De telles dérisions burlesques, peuvent faire croire que tout ceci n’est qu’un délire fantasque n’ayant aucune correspondance avec le réel.
La séquence qui sera filmée pendant deux jours en situation réelle dans les rues de Montreuil où des zombies maquillées grotesque par les extraterrestres pour devenir soi disant séduisantes à l’égard des hommes, est conçue pour crédibiliser le tout. Dans cette séquence, non seulement nous filmerons les réactions des citadins face aux attitudes aguichantes des zombies (à l’occasion d’une fête où notre scène sera une des attractions ; tout est déjà prévu et organisé avec les autorisations de la mairie), mais aussi des scènes où des comédiens censés être des passants, interpréteront les différentes réactions plausibles dans la situation :
Attitudes de peur, de moquerie, de violence, mais aussi de lubricité face à cette gente féminine qui bien que repoussante, sera non seulement consentante mais également prête à tout accepter pour accomplir leur mission impossible, ramener de la semence humaine aux extraterrestres, leurs patrons…
AKUT (Ahmet KUT)
Association d’Artistes Bagnoletais, 55, Av. de la république 93170 Bagnolet