1974
REGARD DE MA FENÊTRE
16 mm, son optique, 47 min.
Étude des couleurs, du statisme et des différents modes de surimpression.
Le film est un glissement d'une réalité truquée vers un fantasme. Une grande partie se passe sur une seule image qui change continuellement d'aspect : les tours d'Italie, vues de ma fenêtre du temps où j'habitais ce quartier au 8' étage d'une espèce d'H.L.M.
On a l'impression qu'on va assister à un film ennuyeux parce que trop long, sur un sujet trop court, et pourtant, le béton cru et angoissant devient beau et même hallucinant. Peu à peu, on se laisse envoûter par la beauté des couleurs et par la musique, on croit halluciner. Il y a quelque chose qui vient de se passer sur l'écran? Perte des sens... C'est le signe avant-coureur du glissement... Du glissement vers le fantasme, du glissement vers un autre film. On ne se souviendra pas comment le glissement s'est opéré, comment les immeubles ont disparu pour laisser place à l'univers sensuel de Red Sunshine.
" Regard de ma fenêtre est un long plan fixe qui se modifie progressivement comme une vision subjective hallucinée. Une vue sur les tours d'Italie à Paris, une fenêtre ouverte à la lente transformation de l'espace et des formes. Au rythme répétitif d'une musique d'orgue électrique, les immeubles deviennent paysages, planètes roses et brunes, monde sous-marin, lichen et salpêtre, un univers fantasmatique en pleine transformation, une mutation cosmique. C'est un tableau qui fuit, une peinture qui s'anime avec les suggestions de l'inconscient. Quelques images fugitives d'une femme nue aux contours tremblés, des visages d'un autre pays, inconnu. Mais est-ce que j'ai rêvé? Fascinant détour dans un cerveau qui pourrait être mien.
"Dans certaines conditions spéciales de baisse du taux d'adrénaline dans le sang provoquée par une sous-alimentation prolongée ou par l'absorption de certains produits chimiques (notamment l'acide lysergique diethilamid), il se produit des troubles mentaux, accompagnés de troubles visuels hallucinatoires." Le cinéma est aussi un moyen d'exploration du réel et de l'imaginaire. "
(Michel Maingois, Zoom, n° 33, premier trimestre 1975